Clara et Hannah ouvrent leur blog, au printemps 2011 : l'écureuil du net ! à lire absolument !!!!
Merci à François Bon, qui a accueilli sur Publie.net les Carnets Lointains, et le Manuel anti-onirique.

lundi 19 juillet 2010

Cahiers d'un autre été, XI (repli)

Repli, loin du monde. En sortant de l'eau, il n'y a rien d'autre à faire que de se laisser glisser sur le sol, tomber à genoux, sur la serviette étalée sur le sol, rectangle coloré qui par le droit du premier occupant, et en dépit certes de la faiblesse de l'argument, détermine pour le moment l'espace dont j'ai la jouissance. Il se trouve qu'il me sufflt. Il est même un peu grand. Alors l'opération est très simple, tomber à genoux, continuer le passage en oblique de la verticale à l'horizontale, je sens sous moi les ondulations du sable, mais une forme qu'elles sont lissées par quelques mouvements de mon corps, l'immobilité peut s'ouvrir devant moi. Aussi longtemps que je la tiendrai, elle sera un abri sûr.

Le soleil sèchera ma peau. Je ne bouge pas. Je sens sur mes jambes l'eau qui ruisselle encore selon les trajets qu'elle organise. Mes pieds dépassent de la serviette et m'assurent que je suis bien sur le sable blond. Il se dessine un autre ruissellement dans mon cou, dont la source se trouve dans mes cheveux. Le monde l'absorbe silencieusement une fois qu'il retombe en gouttes sur le tissu épais de la serviette. Je ne bouge pas, pour ne pas déranger ces lignes de partage des eaux, ne pas les déplacer, surtout.

Je laisse ces mouvements se faire sur moi et peu à peu la chaleur du soleil remplace sur ma peau la fraicheur de l'eau. Les rayons la sèchent et laissent sur moi un goût de sel. Il suffit de ne pas bouger, de poser la tête dans les bras repliés, pour créer autour des yeux un peu d'obscurité. Une fois que cet état d'equilibre est atteint, il n'y a plus aucun mouvement à faire.

Tenir une pensée ne servirait à rien. Il est possible alors de laisser filer les rêves. De laisser passer les images et les regrets, et les soupirs et les peut-être, tout cela peut défiler et se laisser absorber par la chaleur du soleil. La force du soleil est si intense que même les larmes sècheraient ici, si je tenais assez longtemps cette position. La tiendrai-je assez longtemps ? Tout instant est une limite qui recule un peu plus loin dans l'immobilité du monde. Une frontière légère et ténue qui avance un peu loin dans l'avenir et repousse le moment où le flux des paroles reviendra m'assaillir.

Il suffit de se couler dans l'immobilité du monde aussi souplement qu'un courant marin.

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