Un drap de lin immense recouvrait le lit de fer d'une blancheur que je devinais dans la pénombre. Il était jonché de la récolte de fleurs de tilleul qui séchaient, dans la douceur de la nuit. L'essence de l'arbre ici transportée… pénétrait jusque dans la peau. Cette odeur douce, odeur des soirs qui tombent, des paroles échangées dans la cuisine au cœur de la nuit,…blondeur du miel, porcelaine presque transparente des tasse, tendresse de ces moments perdus.
L'odeur enveloppait, caressait, protégeait. Je restais immobile, là, pour un moment, suspendue dans l'oubli. Le charme durerait tant que je ne bougerais pas. Pour un moment encore, je ne sentais plus les exhalaisons d'éther, d'eau de cologne, de médicaments, de réclusion qui s'échappaient de la grande salle en bas (je l'évitais depuis des jours, la contournais, la craignais…).
Le lendemain on tendit un dais noir devant la porte d'entrée, juste sous la fenêtre de la chambre.
Laissez-moi à tout jamais me réfugier dans l'odeur des tilleuls.