Clara et Hannah ouvrent leur blog, au printemps 2011 : l'écureuil du net ! à lire absolument !!!!
Merci à François Bon, qui a accueilli sur Publie.net les Carnets Lointains, et le Manuel anti-onirique.

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mardi 11 août 2009

Senteurs II

Il paraît que les tilleuls sentent bon dans les bons soirs de juin… C'était un soir de juillet, ou d'août. Les étés de l'enfance n'ont pas de fin prévisible. La plus petite chambre de la maison, dans laquelle personne ne dormait plus, était entr-ouverte sur la rue. On voyait danser, dans le halo du réverbère, des poussières dorées. J'avais laissé au loin les adultes et leurs préoccupations pour retrouver un monde à ma mesure. J'entendais leurs pas, leurs murmures, leurs silences, enfin assourdis. C'était un vieux piano en bois désaccordé qui m'attirait là, même s'il était impensable de faire du bruit...

Un drap de lin immense recouvrait le lit de fer d'une blancheur que je devinais dans la pénombre. Il était jonché de la récolte de fleurs de tilleul qui séchaient, dans la douceur de la nuit. L'essence de l'arbre ici transportée… pénétrait jusque dans la peau. Cette odeur douce, odeur des soirs qui tombent, des paroles échangées dans la cuisine au cœur de la nuit,…blondeur du miel, porcelaine presque transparente des tasse, tendresse de ces moments perdus.

L'odeur enveloppait, caressait, protégeait. Je restais immobile, là, pour un moment, suspendue dans l'oubli. Le charme durerait tant que je ne bougerais pas. Pour un moment encore, je ne sentais plus les exhalaisons d'éther, d'eau de cologne, de médicaments, de réclusion qui s'échappaient de la grande salle en bas  (je l'évitais depuis des jours, la contournais, la craignais…).

Le lendemain on tendit un dais noir devant la porte d'entrée, juste sous la fenêtre de la chambre.

Laissez-moi à tout jamais me réfugier dans l'odeur des tilleuls.